Singawalla madras
Singawalla madras
Singawalla madras

Singawalla madras, 2010. Terre de grès, porcelaine, bois, dessin sur papier, carton, bijoux, divers objets rituels, monnaie et terre crue de couleur. Gres, porcelain, wood, design on paper, cardboard, jewellery, different ritual objects, coins and coloured clay. 1,80 x 0,60 x 1 m. COLL. Jack Beng-Thi. PHOTO Thierry Hoarau.

Salam

Telle une femme amoureuse
tu étends tes bras tentaculaires

dans la vaste plaine du Tamil.

En matinal, je déambule d’un pas mal assuré
dans les ruelles gorgées de senteurs indéfinissables.
Entre les fils de cette nasse poussiéreuse, désordonnée, amante, j’esquive les kholams fraîchement dessinés
par des mains brunes enrobées de saris.

Les rails du train chewingommés impriment
de grandes entailles autour de tes reins madras.

Le saddhu à la voix perçante autour du feu sacré

t’interpelle pour mieux t’embrasser.

La ronde effrénée des rickshaws,

coccinelles enrubannées de jaune et de noir

joue dans les plis et replis de ton corps
la mélodie-sitar d’un sacrifice à venir.

Chennaï... Chennaï...

De quel temps es- tu ?

J’emprunte humblement tes veines souterraines
bondées d’une foule sucrée salée, huilée de coprah
pour me remplir de la pulsation puissante d’un santal millénaire.

Au sortir du tunnel dans l’azur fébrile, je croise sans mots dire Amirul de la caste des agriculteurs
Karim de la caste des sculpteurs
Radhita de la caste des blanchisseurs

Arjun de la caste des ramasseurs de bouses

Indhira de la caste des potiers
Surya de la caste des chasseurs de poux

viskhas de la caste des cueilleurs de thé

L’aveugle de la caste des hommes sans nom.

Chennaï... Chennaï...

Ton front orné du point rouge des dieux silencieux restera

à jamais graver dans mon mémoire d’îlien.

Jack Beng-Thi, Chennaï, Inde. Mai 2010

Salam

Like a woman in love
you open you tentacular arms

in the vast plain of the Tamil.

In the morning I wander with an insecure stride

through alleys gorged with indefinable scents.
Amidst the threads of this dusty, muddled, loving web

I dodge the freshly drawn kholams

by dark hands dressed in saris.

The chewingummed train tracks etch
big notches around the small of your madras back.

Round the sacred fire the deep-voiced saddhu

beckons you to better embrace you.

The frantic whirling of the rickshaws,
beetles trimmed with black and yellow ribbons

plays in your body’s recesses and folds
the sitar melody of a sacrifice to come.

Chennai... Chennai...

To what time do you belong?

I humbly take your underground veins
filled with a salty sweet crowd, oiled with copra
to fill me with the powerful pulse of an ancient sandalwood.

Coming out of the tunnel into the feverish blue sky, without words, I cross

Amirul from the farmers’ caste

Karim from the sculptors’ caste
Radhita from the laundress’ caste
Arjun from the cowpat collectors’ caste
Indhira from the potters’ caste
Surya from the lice hunters’ caste
viskhas from the tea pickers’ caste
The blind man from the caste of nameless men.

Chennai... Chennai...

Your forehead decorated with the red dot of silent gods
will remain forever engraved in my islander’s memory.

Jack Beng-Thi, Chennai, India. May 2010

Rickshawalla jubilée, 2010. Terre cuite, aluminium, cuivre, klaxons, vidéo, images, bois et poudre de pierre. Terracotta, aluminium, copper, claxons, video, images, wood and stone dust. 1,80 x 1,20 x 1,90 m. COLL. Jack Beng-Thi. PHOTO Thierry Hoarau.

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