Eloge de la périphérie

Tout fruit à son noyau entouré de chair.
Tout être a son âme, son coeur, sa chair enveloppée de sa peau sensible.

Toute ville possède son Centre, ses artères et... sa Périphérie.

L’artiste mozambicain Félix Mula nous dit : « Les gens qui traversent la ligne des frontières entre la ville de béton et la ville de paille, sont des héros anonymes d’un jour, qui par leur labeur nourrissent et enrichissent les coeurs-villes emmurés ».

Nous vivons le temps du paradoxe.

Quelle que soit la nature de la périphérie créée par le Centre, un lien de sang, de parenté, et d’énergie hantent ces deux figures.

La ceinture sert le Centre, le Centre s’alimente de la substance amassée sur son pourtour.

Les villes du monde entier ont créé leurs périphérie ayant pris avec le temps la signification relative de marginalité et de discrédit pesant sur les populations isolées derrière les murs, les rocades, les usines ou les champs.

Ce lieu préfabriqué a créé au cours du Temps toutes les divisions économiques, sociales et culturelles.
Revêtu d’habits incommodes et d’appréciations péjoratives, cet espace exutoire est la mauvaise conscience du Centre, son image déformée, sa maladie congénitale.

Le va et vient perpétuel, saccadé, quotidien, violent est synonyme de relations inégales dans les termes de l’échange instaurées par le déséquilibre d’une société en mal de vivre, en mal de partage et d’iniquité.

Il nous suffit peut être d’entreprendre avec lucidité, conviction et sans arrière pensée une vérification de la nature profonde de cette périphérie pour décréter qu’elle a une âme, une identité propre forgée par son histoire, pourvue d’une trame humaine déposée au rythme-flux des migrations lointaines, dans un concert multicolore aux dimensions pluri-ethniques, pluri-linguistiques, pluri-culturelles.

Comme un grand corps enveloppant son noyau, la périphérie partage avec son Centre la nervosité des amants contrariés, la révolte de l’être incompris et mal aimé.

De ce constat rempli de contradictions nous pourrions clamer que la périphérie est un spectre riche de milliers d’étoiles, un terreau de spécificités rares, l’anneau de toutes les composantes possibles.

Juguler son énergie, contrarier sa créativité, ses interdits et ses influences serait fatal au Centre.
Nous devrions dans un sursaut de conscience collective abolir les frontières d’opportunité entre ce noyau et sa chair, entre nos réalités et nos rêves, pour une entrée souveraine dans cette nouvelle cosmogonie contemporaine.

Jack Beng-Thi, Port de la Pointe-Des-Galets, Juin 2010

In praise of the periphery

Every fruit has its stone surrounded by flesh.
Every being has its soul, its heart, its flesh wrapped in its sensitive skin.

Every city has its Centre, its arteries and... its Periphery.

The Mozambican artist Félix Mula tells us “The people who cross the border lines between the city of concrete and the city of straw are anonymous heroes for one day, who feed and enrich through their labour the walled-up city hearts.”.

We live in the time of paradox.

Whatever the nature of this periphery created by the Centre may be, ties of blood, family, energy haunt these two figures. The belt serves the Centre, the Centre feeds on the substance kneaded on its perimeter.

Every city in the world has created peripheries which, with time, have acquired a relative meaning of marginality and discredit that weighs down on populations isolated behind walls, ring roads, factories or fields.

In the course of Time, this prefabricated space has created all the economic, social and cultural divisions.
Dressed in uncomfortable garments and pejorative assessments, this outlet space is the bad conscience of the Centre; its deformed image, its congenital illness.

The perpetual, daily, jerky, violent coming and going is synonymous with uneven relationships in terms of the exchange established by the unbalance of a society that is bad at life, bad at sharing, a society of iniquity.

It may be enough to undertake with lucidity, with conviction, and without hesitation, a verification of the profound nature of this periphery to determine that it has a soul, an identity of its own forged by its history, that it presents a human fabric deposited at the flow/rhythm of faraway migrations, in a multicolour concert with multi-ethnic, multi-lingual, multi-cultural dimensions.

Like a great body surrounding its core, the periphery shares with its Centre the uneasiness of upset lovers, the rebellion of a misunderstood, unloved being.

From this acknowledgment, riddled with contradictions, we could proclaim that the periphery is a rich spectre with thousands of stars, a compost of rare specificities, the ring of all the possible components.

To curb its energy, to thwart its creativity, its taboos and its influences would be fatal for the Centre.
We should, with a burst of collective conscience, abolish the frontiers of opportunity between that core and its flesh, between our realities and our dreams, to make a sovereign entrance into this new contemporary cosmogony.

Jack Beng-Thi, Port de la Pointe-Des-Galets, June 2010

 

Dream in Africa

Dream in Africa, 1995. 6 x 2 x 2 m. Terre cuite, fibres végétales, corne, pierre, sable, lumière. Terracotta, plant fibres, rope, stone, sand and lights. Musée d’Art Moderne de Windhoek, Namibie. PHOTO Marcus Weiss. Photo. Photograph 2 x 1,30 m.

Torn Torn

Torn torn, 1995. 1,20 x 4 x 1,20 m. Suspendue. Hanging. Terre cuite colorée, pierre, acier, sable. Painted terracotta, stone, steel and sand. Musée d’Art Moderne de Windhoek, Namibie. PHOTO Marcus Weiss.

Brûlé vif, 2006. Installation vidéo. Fétiche Congo, bois, fibres végétales, vidéo. Videoinstallation. Congo fetish, wood, plant fibres, video. COLL. Jack Beng-Thi. Montage video Jaganjac Dzenid. PHOTO Jack Beng-Thi.

La mémoire dans la peau

Il faut connaître Jack Beng-Thi, physiquement, pour pouvoir être capable de parler de son œuvre. Il faut avoir vu son visage sur lequel se rassemblent l’Europe, l’Afrique, l’Asie, avoir vu son corps d’ascète, avoir entendu cette voix avec laquelle, sans prétention, il nous livre la sagesse qu’il a accumulée au fil des années. Il faut avoir parcouru les chemins escarpés de son île de La Réunion, aperçu les montagnes et les ravines, les volcans, les accidents et les sources d’eau douce. Et la mer : point de départ et point d’arrivée de tout voyage. A l’observer ainsi, dans le quotidien de son labeur créatif, on peut se demander s’il vit dans le même monde que le nôtre. Si ces gestes qui nous semblent naturels, presque banals, ne participent, chez lui, d’un rite très ancien. Il a dans le regard une conscience habitée, comme s’il conservait en lui la mémoire du temps. Beng-Thi porte en lui la mémoire de l’humanité. Et cette mémoire, têtue, exigeante, chaotique, sanglante, brûlante, ne le laisse jamais en repos. Elle représente le canevas sur lequel se dessine son œuvre. La source d’inspiration de ses rêves et de ses cauchemars lucides.

Les œuvres de l’artiste réunionnais incarnent le prolongement formel des démons qui le tourmentent, constituent la matérialisation fragile d’une quête qui a débuté avant la nuit des temps. Il y deux éléments récurrents dans son travail : l’humain et la matière. Non pas la matière dépouillée de toute sa brutale vigueur, mais telle que l’on peut la trouver dans la nature. Pierres, herbes, branches, feuilles, tout est bon pour cet alchimiste un peu chaman, chez lequel chaque œuvre semble une incantation, une lamentation venue du fond des âges et dont rien n’arrêtera l’écho. Ce sont des voix qui à travers lui s’expriment. Des voix et des éléments. Les deux pôles opposé de la Création. Et le cri qui sourd de cette rencontre improbable glace le sang, parce qu’il fait resurgir dans nos mémoires des scènes que nous n’avons pas vécues et qui, soudain, apparaissent familière. Cette hallucination des sens et de l’esprit semble sortir de ce pays « natal » qui aurait pu figurer un paradis naturel, si les hommes ne s’en étaient pas mêlés. La Réunion devint terre d’esclavage et d’exploitation de l’homme par l’homme. Et Beng-Thi, le sang mêlé, l’être aux multiples histoires s’est donné pour mission de faire résonner la voix de ceux qui ne furent que bêtes de somme. Bien au-delà de son territoire insulaire, une voix universelle, dans laquelle s’exprimerait le drame de tous « les damnés de terre ».

Ses installations sont comme autant de mausolées dans lesquels des têtes, des visages, des corps nous adressent un regard sévère. Un regard critique dont l’objet, sans aucun doute, est de nous faire plonger dans la honte de notre lâcheté quotidienne. Ses sculptures sont muettes, souvent installées dans des clair-obscur où elles se laissent deviner. Elles n’ont pas besoin de parler pour nous dire ce qu’elles ont à nous confier. Elles n’ont pas besoin de se mettre en scène. Elles sont là, tout simplement, comme ces hommes et ces femmes entassés dans les bateaux négriers. Quelques objets, ici et là les accompagnent. Des objets d’un rite que l’artiste renouvelle à chaque occasion, car il ne s’inscrit dans aucune autre liturgie que celle de la mémoire déformée d’une âme errante, condamnée à ne jamais trouver le repos tant que tous les péchés de notre monde moderne n’auront pas été expiés. D’où cette lucidité toujours en éveil qui fait de lui un homme révolté. Pas de ceux qui vont semer des bombes aveugles aux quatre coins de la planète. Pas de ceux non plus qui ont toujours un coupable à désigner pour ne pas reconnaître leurs propres torts.

Sa révolte, lui la porte comme une éthique, comme un pense-bête, un chapelet qu’il convient d’égrener plusieurs fois par jour, pour ne pas sombrer dans le sommeil confortable de l’amnésie. Les figures et les titres des œuvres qu’il entreprend dans les années 90 en témoignent : Les bouts de bois hurlants, Bouclier d’ombre, Loess résistance, Au fil de la mémoire, et Arrachement Carg. C12, qu’il produira en 1993, où il fait figurer de manière quasi littérale le ventre des bateaux négriers avec leur cargaison de bois d’ébène... On sentait alors en lui la colère contrôlée d’un homme qui ne veut pas renier à son humanité. La colère de la sentinelle qui regarde venir l’ennemi. Mais cette colère, paradoxalement, ne se tourne jamais vers la haine. Jamais vers l’invective, simplement dans une quête implacable de vérité, une éthique qui embrasse tout le monde du vivant. D’où cette énergie vitale qui le force à sortir régulièrement de son atelier pour affronter les éléments et la nature. Cette confrontation, en réalité, ne comporte aucune forme d’arrogance. Bien au contraire. Il s’agit d’humilité, de projets qui sont installés comme autant d’offrandes à la perfection du monde. Des traces, comme les Dolmens des forêts bretonnes ou les statues de l’île de Pâques, une forme de communion, de symbiose, comme autant de messages adressés à l’univers et à une intelligence supérieure. Une intelligence qui ne tirerait pas sa science d’un raisonnement théorique mais d’un étant, d’une immanence transcendée.

Cette communion avec la nature, toute païenne, s’inscrit à la frontière subtile qui partage le sacré et le profane. Jack Beng-Thi est un prêtre profane. Un bricoleur pour lequel la seule activité humaine digne d’intérêt s’inscrit dans la mémoire : dans l’exploration du passé, dans son maintien dans le monde contemporain et dans sa projection dans l’avenir, à travers des œuvres qui à leur tour deviendront autant de repères pour les générations à venir. Un témoignage de ce que nous aurons été. Ce témoignage, longtemps exclusivement tourné vers l’Afrique, semble prendre une autre direction en 1995 avec Dream in Africa, où l’artiste semble avoir atteint un point d’équilibre qui débouche sur une prise en compte plus large du monde. Non pas que cette Afrique tellurique dont l’histoire l’habite va disparaître de son œuvre, mais l’artiste va promener sa conscience sur le monde, dans une vision plus large qui, même si elle explore d’autres continents, participe de la même quête. Avec La Géographie, ça sert d’abord à faire l’amour (1998), il entre dans son cycle des « Territoires ». La pièce est une mappemonde posée au sol sur laquelle se tiennent cinq personnages debout, qui figurent sans doute les cinq continents, mais qui, contrairement à ce que pourrait supposer le titre générique, territoires, qui renvoie à une appropriation et à une possession, ses personnages se tiennent les pieds dans les océans, et ce sont les fils qui constituent les contours des continents qui semblent les relier les uns aux autres. Sans quoi ils semblent bien seuls, chacun enfermé dans son cercle d’expérience. Touche ironique, caillou jeté dans le jardin de la globalisation, tous les personnages sont enveloppés dans des billets de banque issus de plusieurs pays. Puis vient la série « Territoire d’initiation », avec la Pyramide aux esprits (1999), où les personnages hurlant dont l’âme semble condamnée à errer jusqu’à la fin des temps, trouvent une forme d’apaisement dans une méditation spirituelle détachée des contingences matérielles.

L’année 2000 semble clore une période dans la quête de Beng-Thi. Avec Mémoires, cette grande construction rectangulaire, comme une immense table, sur laquelle sont posées des pierres, come dans les cimetières juifs, et sur laquelle veille une espèce de canon végétal, on a le sentiment que les âmes errantes ont enfin trouvé une manière de repos et que ce mémorial, dressé en leur hommage, corrige une injustice millénaire. Bien sûr, l’artiste n’est pas dupe du procédé. Mais n’en est-il pas ainsi des rites qu’il faut incarner, vivre, porter en soi, si on veut leur donner une quelconque efficacité ? La plaie, une cicatrice qui ne se refermera jamais, ne doit jamais se refermer. Ce qui a été fait ne pourra pas être défait. Mais du moins les hommes n’oublieront-ils pas, et riches de ce savoir, peut-être éviteront-ils de reproduire les mêmes éternelles erreurs. La photographie, l’écriture, les décors, une écriture plastique qui va vers l’épure et s’engage vers d’autres voies, sur d’autres continents, s’installent progressivement.

Comme un bateau qui prend le large. C’est aux rives de la Chine que le voilier de Beng-Thi va faire escale. D’autres histoires. D’autres sources auxquelles l’artiste doit rendre hommage même si, bien entendu, l’Afrique n’est jamais loin. Il y a l’illustre famille Hu de 2007, et les cents fleurs de Mao. « Que l’arbre millénaire vous offre ses nouvelles fleurs », que l’on découvre sur l’une de ses dernières installations apparaît à nos yeux comme une humble prière. Le vœu que nous puissions enfin nous réconcilier avec nous-mêmes. Et puis, de conclure avec Lao Zi, le philosophe classique qui donne aux hommes une leçon de vie que l’artiste fait totalement sienne, une pensée qui, à travers les âges et les civilisations, n’a rien perdu de son évidence :

Un véritable chef militaire n’est pas belliqueux.
Un véritable guerrier n’est pas coléreux.
Un véritable vainqueur ne s’engage pas dans la guerre.
Un véritable conducteur d’hommes se met en dessous d’eux.

On retrouve là
a vertu de non rivalité
et la capacité de conduire les hommes.
tout cela est en parfaite harmonie avec la loi du Ciel.

Cela fait longtemps déjà, que Jack Beng-Thi tente de se mettre en harmonie avec la loi du Ciel. En cela, il est en avance sur bien d’entre nous.

Simon Njami

Memory on the skin

Before talking about Jack Beng-Thi’s work one needs to know him physically. We must have seen his face, a place where Europe, Africa and Asia meet, have seen his body, the body of an ascetic, have heard that voice with which, free from any pretence, he offers us the wisdom he has accumulated over all these years. We need to have walked the abrupt paths of his native island of Reunion, have gazed on its mountains, valleys, volcanoes and freshwater springs. And the sea: the point of departure and of arrival of any journey. Having seen him like this, going about his daily work, it is all too pertinent to wonder whether he lives in the same world as we do. Whether those gestures that seem so natural, almost trivial to us, are not in fact part of some ancient ritual. There is an inhabited consciousness in his gaze, as if he stored the memory of time. Beng-Thi carries the memory of humankind around with him. And that obstinate, demanding, chaotic, bloody, burning memory does not let him rest. It is the canvas on which he embroiders his work. The source of inspiration for his living dreams and nightmares.

The work by this artist from Reunion embodies the formal prolongation of the demons that torment him; they are the fragile materialisation of a quest shrouded in the mists of time. In his practice there are two recurrent elements: human and matter. But we are not talking of a matter stripped of all its brutal vigour, but just as we find it in nature. Stones, herbs, branches, leaves... anything goes for this alchemist-cum-shaman whose works are reminiscent of spells, laments sounding from the shadows of time, whose echoes will not be stopped by anything. Voices that find their expression through him. Voices and elements. The two opposite poles of Creation. And that shriek coming from the unsuspected encounter makes our blood run cold, for it recalls scenes we have never experienced yet which, all of a sudden, are familiar to us. That hallucination of our senses and of our mind seems to have come from that “native” country that could have been a natural paradise had men not interfered with it. Instead Reunion became a land of slavery and exploitation of man by man. And Beng-Thi, a man of mixed blood, a being of multiple stories, was determined to give voice to those who were nothing but beasts of burden. Far beyond the confines of his island, a universal voice capable of articulating the tragedy of all the “wretched of the Earth.”

His installations are like mausoleums, with some heads, some faces, some bodies sternly looking back at us. Casting a critical gaze aimed—and there can be no doubt about it—at making us cower in the shame of our daily cowardice. His sculptures are silent, often installed in chiaroscuros where they are barely glimpsed. They do not need to speak in order to tell us what they want to reveal to us. They just happen to be there, like those men and women crammed together in slave ships. They are accompanied, here and there, by several objects. Objects from a ritual that the artist renews every time, for his only liturgy is that of the deformed memory of a wandering soul, condemned never to find rest until all the sins of our modern world have been atoned for. Hence that keen lucidity that makes him such a rebellious man. Yet not one of those who want to scatter the planet with blind bombs, or those who always find someone to blame and therefore never have to admit to their own mistakes.

He carries rebellion inside himself as a sort of ethics, as a reminder, as a rosary whose beads must be fingered several times a day in order not to lapse into the comforting slumber of amnesia. Good proof can be seen in the figures and titles of his works from the 1990s: Les bouts de bois hurlants [Howling Wood], Bouclier d’ombre [Shadow Shield], Loess résistance [Loess Resistance), Au fil de la mémoire [The Knife- edge of Memory], Arrachement Carg. C12 [Uprooting Carg. C12], from 1993, nearly literally depicting the belly of the slave ships with their load of ebony wood... Noticeable at that time was the controlled wrath of a man who refuses to renounce his humanity. The wrath of the sentry watching the enemy approach. But, paradoxically, that wrath never degenerates into hatred. There is not an invective in him, only that unrelenting quest for the truth, an ethics encompassing everything which is alive. Therefore that vital energy that forces him to regularly leave his studio in order to face the elements, nature. There is not a shadow of haughtiness in that confrontation. On the contrary, he is all humbleness, working on projects conceived as offerings to the perfection of the world. They are marks, like the dolmens of the woods of Brittany or the statues of Easter Island, a form of communion, of symbiosis, like messages forwarded to the universe and to an intelligence of a higher order. An intelligence whose wisdom is not the by-product of a theoretical reasoning but of an entity, of a transcended immanence.

And that pagan communion with nature is located on that subtle border where the holy and the profane meet. Jack Beng-Thi is a profane priest. A factotum for whom the only human activity worthy of interest is an exercise of memory—exploring the past, making sure it remains alive in the contemporary world and projecting it into the future through works that will, in turn, serve as points of reference for future generations. A testimony of what we will have been. That testimony, for so long focused exclusively on Africa, underwent a shift in 1995 with Dream in Africa, a work in which one could say that the artist reached a balance that gave him the chance to open up to the world. And it is not that the tellurian Africa, whose history takes hold of him, has vanished from his practice, but that the artist now takes his consciousness with him as he rambles around the world, with a wider vision that, though exploring other continents, still responds to the very same quest. With La Géographie, ça sert d’abord à faire l’amour [Geography, An Opening to Making Love], 1998, Beng-Thi begun a cycle dedicated to “Territories.” The piece is a map of the world on the floor; on it, we see five characters standing, undoubtedly representing the five continents. However, contrary to what the generic title of territories might suggest, a title remitting to appropriation and possession, the characters sink their feet into the oceans and what interconnects them are the threads shaping the silhouette of the five continents. Without them, they would seem very isolated, each one of them confined within his circle of experience. In an ironical touch, a stone thrown into the garden of globalisation—all the characters are covered in banknotes from various countries. Then, comes the series “Territoire d’initiation,” [Territory of Initiation] with Pyramide aux esprits [Pyramid of Spirits], 1999, where some vociferous personages whose souls seem to be condemned to wander until the end of time, find peace in a spiritual meditation unconcerned with material contingencies.

The year 2000 marked the end of a period in Beng-Thi’s ongoing search. With Mémoires [Memories], a large-scale rectangular construction resembling a table with stones on top, reminiscent in ways of Jewish cemeteries, safeguarded by a kind of vegetal canon, we are given the impression that the wandering souls have eventually found rest and that this memorial in their honour is making amends for a millenarian injustice. The artist is obviously aware that the procedure is deceitful. But, is the same not true for the rituals we have to embody, experience, bear, if we wish them to be efficient? The wound, a scar that will never heal, must never heal. What has been done can never be undone. But, at least, men will never forget, and that knowledge shall perhaps help them to stop repeating the same eternal mistakes. Photography, writing, sets, a visual writing leaning towards three-dimensional representation gradually make an appearance, little by little, and open up new paths.

Like a ship taking to the sea. Beng-Thi’s sailboat will make a port of call on the shores of China. Other histories. Other sources the artist must pay tribute to, although, of course, Africa is never far away. There stands the illustrious Hu family from 2007 and Mao’s hundred flowers. The wish “May the millenary tree offer you its new blossoms” which we read in one of his latest installations is presented to us as a humble prayer. The desire that we can finally be reconciled with ourselves. Finishing with Lao Zi, the ancient philosopher that gave men a lesson for life, one fully accepted by the artist, a thought which, down through the ages and civilisation, continues in force:

A true warrior never uses force,
with pride or in anger.
A true victor does not pursue war.
A true leader of men places himself below them.

Therein lies
the virtue of not engaging in rivalry
and the power to lead men.
And all that in perfect harmony with Heaven’s law.

For a long ago now Jack Beng-Thi has striven to maintain a harmony with Heaven’s law. In this, he is ahead of most of us.

Simon Njami

Symbiose pour un esprit baobab

Territoire de Kouta: Symbiose pour un esprit Baobab, 2004. Installation éphémère. Ephemeral installation. 120 m2. Photo, vidéo et CD-Rom. Photograph, video and CD-Rom. Kouta, Sénégal. COLL. Jack Beng-Thi. PHOTO Jack Beng-Thi. Photo sur bâche. Photograph on canvas 2 x 1,50 m.

Territoire de Gorée: Paroles et fragments de mémoire, 2009. 30 x 30 x 25 m. Arbre, tissus peints, charbon, pierres. Tree, painted fabric, coal, stones. COLL. G. Kemzo Malou. PHOTO Jack Beng-Thi.

Shobali

Shobali, 2009. 2,80 x 0,80 x 0,80 m. Installation vidéo. Videoinstallation. Bois, rotin, fleurs artificielles, sable, vidéo. Wood, osier, artificial flowers, sand, video. COLL. Daf Allah el Hag Ali. PHOTO Jack Beng-Thi.

Lutteurs
Lutteurs
Lutteurs
Lutteurs
Lutteurs
Lutteurs
Lutteurs

Lutteurs, 2004. Installation avec 13 photos. Installation with 13 photos. 0,60 x 0,80 m. Photo sur papier. Photograph on paper. COLL. Jack Beng-Thi. PHOTO Jack Beng-Thi.

Libations historimagiques pour L.S. Senghor, 2004. 16 m2. Photomontages couleurs sur bâche, totem bois, céramique, cuivre, fils de couleur et aluminium. Colour photo montage on canvas, wooden totem, ceramic, copper, coloured thread and aluminium. COLL. Jack Beng-Thi. PHOTO Jack Beng-Thi.

Shobali